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Retrouvez-nous le samedi 3 octobre 2026 pour la 5ème édition

Pourquoi faudrait-il en été, choisir entre la paresse et l’effort ? A l’heure où la pénombre nous protège –décidément le roi Soleil ne nous a jamais rien donné de sympathique aux protestants –quelques ouvrages méritent votre attention.
Commençons par « Histoire politique de la Réforme française » (Perrin, 544 p. 27 €), nouveau livre d’Hugues Daussy, professeur d’histoire moderne à l’Université Marie et Louis Pasteur de Besançon. Concilier la science et le sens du récit n’est pas donnée. C’est un talent qui se cultive, un travail qui ne doit pas se voir, un fruit que l’on récolte sans l’avoir avec acharnement désiré. Tout commence le 21 janvier 1535, par une procession. Grandiloquence et couleurs foule des grands jours, un défilé dont François Ier tient la vedette : « Marchant tête nue, il était revêtu d’une robe de velours noir et portait une torche blanche ardente par sa poignée de velours cramoisi. » Bigre ! Et pourquoi pareil appareillage ? Tout simplement parce que, huit jours plus tôt, jusque sur la porte de la chambre du roi, des partisans de la Réforme avaient affiché un texte contestant l’eucharistie. La suite est bien connue, jalonnée de morts – par milliers –de blessures –intimes– de marques – dans la mémoire collective, à jamais. L’historien fait le point sur ces guerres épouvantables et sur ce qui s’ensuivit, présentant les dernières recherches historiographiques en une synthèse dynamique et brillante.

Dans le domaine politique, nous vous recommandons chaudement le livre de Vincent Duclert : « Rocard, une biographie internationale », paru voici quelques mois chez Passés/Composés. Remarquable étude –comme toujours de la part de cet historien vigilant, qui ne prend pas les mots à la légère, pense avant d’écrire, élève le niveau des analyses. En choisissant ce sujet, rarement traité, Vincent Duclert démontre que Michel Rocard n’a pas seulement défendu l’environnement, mais promu des solutions inventives, à l’échelle européenne, en faveur de la social-démocratie.

A part quoi, peut-être le saviez-vous, Jorge Luis Borges était imprégné de culture protestante. Oui, certes, sur une plage, il n’est pas toujours aisé de lire « L’aleph » et les textes de cet illustre homme de lettres passent pour complexes. Et pourtant… Ses nouvelles, pour ne prendre qu’un exemple, vous emporteront plus haut que le cerf-volant que les enfants de vos voisins de natte font virevolter de façon dangereuse au dessus de votre tête. Afin de vous initier, vous pouvez commencer par deux très bons livres : la biographie de Borges parue chez Plon sous la plume d’Odile Felgine, et « Vertiges, penser avec Borges » que Jean-Pierre Dupuy a publié au Seuil.

Mais déjà vos yeux se ferment et le roulis des songes vous gagne. « Pourquoi tant de sérieux ? » vous dites-vous mezza-voce. Le protestantisme exige-t-il à chaque pas que l’on refuse le divertissement ? Ne reculant devant aucun sacrifice, le Festival Protestant du Livre vous invite vous signale qu’une romancière audacieuse, Fanny Audibert, vient de publier le premier tome d’une saga : « Le vicomte de Barcelone » (Le Passeur, 615 p. 22€), tentative réussie de redonner vie aux Trois mousquetaires. Avec humour et sens du swing, cette agrégée de lettres enchantera vos longues plages de plages.

En été, même les partisans de la Réforme ont le droit de s’amuser.

Frederick Casadesus